Ecriture
Synopsis
Madame André, un livre illustré, Madame André, une dame âgée. Elle devient transparente à force de ne pas être touchée, à force d’être isolée. Elle trouve du réconfort dans ses souvenirs (brou de noix), dans ses émotions (couleurs), dans sa maison (noir et blanc). Elle pense à son fils, à ses amis, à son mari, à sa vie. Elle touche les objets, parle à sa plante verte et disparaît.
Le texte, en prose, voyage entre solitude, joie et absurde.
Au creux de la solitude et de l’isolement, Madame André est une ode à la tendresse.
Une fiction, 3 projets
- Dans le livre illustré, l’histoire de Madame André se déploie, son histoire se déplie – elle se souvient de ses amis, des ses amours, de sa famille.
- En 2022, Madame André, fiction sonore, est diffusée dans l’émission Par Ouï Dire, sur la Première, RTBF. Elle est le condensé de l’histoire longue développée dans le livre illustré.
- Le spectacle Autour de Madame André se base sur cette fiction, mais ce n’en est pas l’histoire. Le spectacle se déroule après la disparition totale de Madame André.
Le Tintamarre des gastéropodes, Mathilde Collard, Editions Novelas, 2017.

Un roman noir, cynique, absurde.
Synopsis
Un père déprimé
La recherche d’un enfant kidnappé le jour de son anniversaire
Des policiers fantasques
Un tueur d’escargots
Un grand-père pyromane
Et des bilboquets.
Extrait
Pourquoi pas de la pop ? Non ce n’est pas rapide. Pas du rap, les paroles prennent trop de place. Le tempo doit palpiter, me perforer de part en part et persécuter les préoccupations de mon esprit perturbé. Les pensées d’espoir ne peuvent me pénétrer ; je promets de les expulser. Pourtant perfides, elles prennent le pli de m’imprégner. Patrick, ne perds pas le cap : tu ne peux te permettre de penser que les policiers se sont peut-être trompés. Pensées ne m’accaparez pas et partez. Partez, partez, partez, partez. » p.71
Piscine – Extrait
Immergée dans l’eau, il n’y a pas de monde. Tu peux pas me parler, je peux pas te répondre. L’étendue est plate, mes yeux sont clos. J’avance. Des p’tits ronds dans un grand carré. Stupides longueurs. Je mets la vie en bocal. Si la tête en sort, ce n’est qu’une décision : ouverture d’yeux et grande inspiration. Je suis à deux pas de la noyade. Mon corps reçoit l’immense étreinte aqueuse. De mes orteils à ma bouche, j’étouffe. Ici, il n’y a ni vie ni pesanteur. Je flotte au-dessus du vide, je m’endors dans un vaste décor de chlore. Avancer ou couler. Avancer et couler. Je m’écoule et l’eau se tait. Je me débats pour avancer. Mes bras fouettent et repoussent l’eau. Toujours plus loin. L’eau m’encercle, toujours plus loin. Encore quelques mètres, toujours plus loin, elle me guette toujours plus loin. En elle j’suis toujours toujours perdue et j’suis toujours toujours toujours au même endroit.
Enlace-moi. Casse-toi. Bouge-moi. Bouge pas.
L’eau a tout compris. Elle reste elle part elle me suit je m’y enfouis. Si je la goûte elle m’avale. Je vole sans filet dans une solitude sale, quelle belle excuse ! pour pas répondre je reprends pas de souffle – alibi d’apnée. Quelques secondes, encore quelques secondes, juste quelques secondes – alibi d’apnée. Simuler une urgence d’eau pour pas te parler – alibi d’apnée. Le temps que tu t’égosilles, alibi d’apnée, le temps que tu partes d’ici, alibi d’apnée. Alibi d’apnée ! […]
Café froid – Extrait
Un café
C’est pour toi
Un café
C’est pour moi
Mon café
Je le bois
Ton café
Tu l’bois pas ?
Ton café
Pas pour moi
Le café
C’est pour toi
Je l’bois pas
Tu fais quoi ?
Tu bois pas ?
[…]
Seuls les fous gèrent – Extrait, Les mots en héritage 2, Recueil collectif, Editions Novelas, 2017, pp. 8-9
Dans le désert, désert de pierre, une fille vit.
Fille née d’elle ne sait qui, elle ne sait où, elle ne sait quand.
Pas de parents.
Elle a les mains calleuses et les mollets coupés. Ses cheveux capturent la crasse depuis des lustres, elle n’a aucune conscience du temps. Une robe opaque la cadenasse et la comprime, elle ne l’a jamais retirée. Elle n’a jamais pensé qu’elle pouvait se dénuder. Avec la saleté, épiderme et vêtement ne font qu’un, c’est collé. Comme une fougère sur une piquante plaie, l’habit s’infiltre dans sa peau. Le sang coagule et referme le tissu dans les entailles : la robe est verrouillée dans son corps mutilé. Si elle l’enlevait, sans aucun doute, elle s’éplucherait. La fille n’a pas de nom, le paysage est sec, aride et rocailleux. Il n’y a que des fougères, des scorpions et des oiseaux.
[…]
Plat au curry – Extrait
SCENE I – CAFE ROSETTE – Rosette, Coraline, Carl.
Coraline est seule dans le café. Elle s’ennuie, passe le temps comme elle peut.
ROSETTE : Café ? A l’habitude ?
CORALINE : Oui, comme d’habitude.
ROSETTE : Du sucre ?
CORALINE : Non. Merci.
ROSETTE : Un p’tit spéculoos ? T’aimes bien les p’tits spéculoos.
Silence, Coraline s’ennuie.
CORALINE : C’est la pentecôte aujourd’hui ?
ROSETTE: Tu connais mes horaires, mais pour le calendrier, rien à faire… Tu te situes comment ? Le dentiste ? Le loyer ? C’est le seize janvier. Il serait de bon ton de souhaiter la bonne année.
CORALINE : Aujourd’hui, ça sonne férié… Il n’y a personne. Personne. (Silence.) Rosette ? (Silence.) Personne.
Silence, Coraline s’ennuie.
ROSETTE : Le café tout chaud tout fort.
CORALINE : Et le spéculoos ?
ROSETTE : Pas de spéculoos. Fini ! Terminé ! Y a pus, i pleut, les clients vont arriver. Pas le temps d’aller au Supermarché. – Lève tes coudes, toi, tu salis la table avec ton gras de bras. Toutes ces tables à torcher, ces biscuits à racheter, ces sous à compter, ces sourires à…
CORALINE : Rosette ? Il n’y a personne. Personne. Juste moi.
ROSETTE : Prends le torchon, nettoie les taches de bière par terre.
Carl entre.
ROSETTE : J’te sers quoi ?
CARL : Une bière.
CORALINE (à elle-même) : Une bière, paf ça gicle. Les mouches crèvent, elles collent sur le parquet.
CARL : Rosette, c’est quand la dernière fois que t’as été dire salut à ma daronne ? Depuis la dernière éternité.
ROSETTE : Je suis l’amie, pas la fille. (Silence) Tu veux que je fasse quoi ?
CARL : Tu la remets comme avant. Quand elle me disait « Mange tes crêpes avec des couverts, tu iras partout dans la vie ». Avant la baise, le deal et les flics. Quand j’étais poli.
ROSETTE : Ce temps-là a trépassé.
CARL: Je veux le retrouver, la retrouver.
ROSETTE : Ta mère, elle est pas perdue dans un p’tit coin du Café Rosette, j’te l’dis. – Laisse-moi passer, je dois nettoyer la bière que t’as renversée. Ça colle, saloperie ! c’est du sucre, rien que du sucre fermenté. La bière, que je la serve que je la boive ou que je la cure, ça me grossit… quelle bataille… – Les spéculoos. T’as le temps d’aller me chercher des spéculoos ? Je te donne les sous.
CARL : On s’en fout des spéculoos, ‘y a ma mère qui se laisse crever ! Rosette, s’il te plaît, viens lui changer les idées. Demain ?
ROSETTE : Non. Non non non. J’ai trop de boulot, beaucoup trop.
CARL : Rosette, tu l’aimes bien Huguette.
ROSETTE : Je préfère mon café. Propre et bien rangé.
